Boutabba, My Heart …


« L’attrape-coeur » de J. D. Salinger, un chef d’oeuvre de la littérature américaine. Je l’ai lu au moins cinq fois. Il m’a donné le goût d’écrire une histoire. Ce qui m’a inspiré le plus c’est le style, très peu normatif, voire familier. L’idée de ce que j’essaie d’écrire (c’est pas fini, il y a des modifications à chaque fois, même si ça fait longtemps que j’y ai pas touché, enfin bref!) est celle d’un adolescent tunisien qui parle directement à son/sa lecteur/lectrice de ces impressions de tout ce qui le rencontre, tout ce qu’il voit, parfois des souvenirs, etc. Il partage sa vision de ce qu’il voit dans son quartier Boutabba, ce qu’il aime, surtout ce qui le dégoûte le tout dans un style plutôt oral… Je ne vais pas en dire plus. Ça peut plaire ou décevoir, je sais pas, c’est une ébauche, ça pourrait aboutir comme ça pourrait mourir dans l’oeuf.

Je vais publier quelques passages uniquement, pour la simple raison qu’il y en a qui subissent des modifications ou tout simplement ça me tente pas de les publier 😛 même si ça risque d’être décousu !

 

(Première partie de Boutabba, My Heart*)

Quel quartier de merde! Jamais, je n’ai entendu, aussi fréquemment, une telle phrase ailleurs qu’à Boutabba, mon quartier. Du plus petit au plus grand, de la jeune fille à la grand-mère, tout le monde en a quelque chose sur le cœur, tout le monde en a ras-le-bol. J’arrive pas à comprendre ce phénomène, parce que la première impression qu’on a quand on se promène dans Boutabba est que tout le monde s’y attache ou s’en donne à cœur joie, tous le défendront bec et ongles, s’il le faut, c’est leur berceau intouchable et miséreux. Personne n’envisage de le quitter, parce que dans leurs têtes, il n’y a pas où aller, partout c’est la galère, partout. À Boutabba, au moins, pour la plupart, un pain et quelques olives suffiraient pour manger à sa faim dans la pire des situations. Les gens répètent cette phrase à longueur de journée probablement à cause de cette misère qui y règne, mais à laquelle ils tiennent tant. Bien sûr, je parle pas de la misère en tant que pauvreté, car tout simplement à Boutabba, y a pas d’argent, je veux dire pas de luxe ni rien, ça vous fout le cafard. Si vous y entrez, vous verrez que les gens n’ont tendance qu’à construire du fonctionnel, le reste, on s’en fout. En vous-y promenant, vous remarquerez tout de suite, que les gens n’ont pas le goût du beau dans les veines. Un mur est un mur peu importe qu’il est droit ou incliné. Ça, ça me rend dingue ce truc. Je ne sais pas pourquoi, c’est uniquement chez-nous dans notre quartier que les murs sont très mal faits. Je me demande comment ils font les maçons. C’est vraiment nul à chier, tu ne vois jamais un putain de seul mur de bien construit ! il y a toujours une barre de fer qui sort de nulle part, un trou qui reste éternellement ouvert, même après la fin du chantier et j’en passe.  Sérieusement ça m’énerve d’en parler. En tous cas, vous promener dans Boutabba, dans l’une des banlieues les plus uniques de Tunis, c’est tout une expérience à vivre. Une journée, pour voir ce que j’endure, c’est déjà assez, je vous conseille pas plus. Et pourquoi, je vous conseillerais plus ? Déjà pour vous y rendre, c’est la galère, pour y entrer, c’est mille fois plus de galère. Quant à vous y promener, vous pourriez y laisser votre âme. Y a des gens qui disent que Boutabba, c’est vraiment attachant. Attachant, mon cul, oui ! Je sais pas d’où ça sort ça. Ce qui m’énerve, chez les gens qui n’ont jamais vécu dans mon quartier et qui n’y passent que deux secondes, c’est de dire des choses à la con, c’est vraiment barbant. Ouais, je dirais pas que je déteste mon quartier, j’aime bien des fois quand je suis de bonne humeur. Ce qui m’horripile, c’est les gens et ce qu’ils ont fait de ce quartier. Parfois, c’est génial Boutabba, on y passe d’excellents moments, on s’y amuse bien surtout quand on ne pense qu’à ces petits moments de plaisir sans calcul, car les gens calculent tout ici. Les jours meilleurs passent sans qu’on s’en aperçoive. Les jours pires ou, si vous voulez bien, normaux ne passent pas comme on veut. Un jour normal à Boutabba est un jour mauvais à vous arracher les cheveux!

* Le titre gardera certainement Boutabba, mais, je ne sais pas encore pour le reste.

(À suivre)

© Copyright 

Publicités