Je démissionne du PDP – (Parti républicain – Tunisie)


Après quelques années de cyberactivisme, j’ai joint les rangs du Parti démocrate progressiste, et avec d’autres militants, la Fédération du PDP au Canada a vu le jour en 2005. Ainsi, je suis sorti de l’opposition virtuelle pour joindre un parti politique qui militait pour la liberté et la démocratie en Tunisie. Je croyais donc que pour élargir la base de contestation contre le régime Ben Ali et renverser la vapeur, il fallait intégrer les rangs de l’opposition véritable. Le PDP incarnait cette force en devenir et qui défendait bec et ongles les droits et libertés ainsi que tous les opprimés de tout bord en Tunisie. Le contexte était favorable après ma participation à la manifestation virtuelle « Yezzi Fock! », aux contestations entourant le SMSI, au Mouvement du 18 octobre, etc. Je croyais donc que c’était l’occasion rêvée de continuer à mettre la pression dans un cadre politique légal. Je croyais que c’était LE parti qui pourrait provoquer progressivement le changement en Tunisie  même s’il y avait un énorme travail à faire en son sein.

 

Depuis le début de la Révolution, les choses ont changé dans le parti. Même s’il y a de bonnes intentions, il reste que plusieurs éléments et personnes ont terni son image. Une révolte intérieure commença à me ronger et je passais, à chaque fois, très très proche de la démission. Je n’étais pas d’accord sur la façon de faire du parti notamment le financement, les sorties publiques de M. Chebbi où il a commis des erreurs impardonnables et qui vont participer à la défaite du parti durant les élections du 23 octobre 2011. Malgré mon respect à cet homme et à son parcours militant ainsi qu’à sa capacité de faire de bonnes lectures de la situation incertaine en Tunisie, il demeure de plus en plus un homme politique contesté à l’intérieur et à l’extérieur du parti surtout après s’être mis à la défense de certains politiciens associés de très près à Ben Ali.

 

Maintenant, ce parti est passé du parti militant acharné contre la dictature, du défenseur des droits et libertés et de démocratie au parti incarnant des valeurs plutôt bourgeoises, se défaisant ainsi de ses vrais militants et des vrais enjeux politiques de la Tunisie. Ce qui me désole encore plus c’était de voir M. Chebbi joindre et intervenir durant « l’Appel à la nation » de M. Caïd Essebssi et la foule de l’ex RCD qui emplissait les estrades. Encore pire, le dernier Congrès sur lequel tout le monde a travaillé et fait des bilans et des bilans après les élections a été une farce  bien orchestrée pour se défaire définitivement des militants indésirables du parti et qui ont tout donné, vraiment tout pour ce parti. Le bureau politique et toute autre instance du parti ne servait plus à rien, les décisions sont prises par un establishment quasi étranger au parti et les consultations du BP n’avaient plus aucune utilité.

 

Après les élections, il était évident pour moi que M. Chebbi doive laisser sa place à d’autres personnes pour diriger le parti tout en gardant une place dans son équipe. Hélas, les choses continuent à se détériorer, Madame Jribi, qui a tout mon respect, ne fait rien pour que cela change, ou en tout cas je n’ai rien vu de cela. J’ai l’impression que l’on refuse d’apprendre de ses propres erreurs.

Il me semble que faire de la politique saine, c’est d’abord bâtir un vrai programme qui reflète les valeurs que le parti a tant défendues et les préoccupations et besoins des Tunisiens et de la Tunisie. Je n’ai jamais vu de ma vie un parti qui a pour raison de vivre la destruction d’un autre parti, à moins qu’il veuille sa propre destruction.

 

Aujourd’hui, je considère que le Parti républicain n’a pas d’âme, il l’a vendue au plus offrant. Ce parti ne reflète pas du tout mes valeurs. Toutefois, j’encourage de tout cœur l’aile réformiste du PDP et lui souhaite bonne continuation. Quant à moi, j’ai atteint un point de non-retour avec ce parti et j’en démissionne amèrement. Je voudrais saluer toutes et tous les camarades et « compagnons de route », ce fut un plaisir énorme d’avoir travaillé avec vous pendant toutes ces années et m’excuse de ne pas vous en avoir parlé avant.

 

Fraj Brik

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