L’homme à la baguette


Je rends hommage à l’homme à la baguette

Mahmoud, la quaImagerantaine avancée, vit dans cette ville qui ne se vide qu’aux heures où les chats gris et affamés chassent les humains et occupent l’avenue principale de Tunis où ils se disputent les restes de poissons que jettent les restaurateurs pour emplir les ventres gavés des camions éboueurs. Dans cette avenue, çà et là, des tavernes isolées où somnolent encore, aux aurores, saouls morts, au bar, quelques infatigables ivrognes et où le silence de la nuit est déchiré par la prise de bec de deux individus qui s’échangeaient les politesses dans la ruelle à côté.

Mahmoud est là, pas loin. C’est un habitué du spectacle nocturne et dévasté qu’offre l’avenue Habib Bourguiba, surtout pendant ces jours où la révolution battait son plein. Mahmoud aime gambader dans les rues désertées de Tunis où il se délecte d’exister loin du brouhaha diurne et repoussant de la capitale et se débarrasse sans regrets des regards inquisiteurs des passants, certainement à cause de son apparence! Mahmoud déambule souvent seul la nuit dans ces rues désertes, avec les chats qui ont pris l’habitude de s’accaparer les lieux. De temps à autre, certaines silhouettes dérangent sa quiétude. Il s’y est habitué. La plupart, des flics du Ministère de l’Intérieur, pas loin de là. Leur présence éphémère mais éternelle dans l’intimité de ses rues ne le perturbe plus, même eux, ils ne donnent aucune importance à cet être insignifiant parmi les chats errants de la splendide capitale.

Mahmoud est le roi de la ville. Il est affamé, il dort pendant la journée là où il trouve refuge. Souvent, il se réveille au milieu de l’après-midi pour aller aider un vieillard du quartier de Bab Dzira à faire quelques commissions. Celui-ci a pris l’habitude de lui donner quelques malheureux millimes où de l’aider à vaincre  la faim qu’il s’est habitué à ignorer. Mahmoud ne travaille pas. Avec sa face d’enterrement et son allure mal soignée et l’odeur pestilentielle de ses habits, sa barbe mal rasée, personne ne veut de lui comme employé dans une ville qui s’est habituée à se faire chique et d’apparence irréprochablement belle. Dans ces rues qu’il sut apprivoiser sans ses occupants, il se retira, il n’a pas les moyens d’appartenir à cette foule extrêmement maquillée. Peut-être aurait-il voulu, lui aussi, acheter son laissez-passer pour accéder à sa propre ruine auprès des costumés! Aujourd’hui, il règne sur son monde comme un roi sans trône, mais noble dans sa noblesse.

Depuis quelques jours, Mahmoud est perturbé dans son royaume. Il ne dort plus, ni le jour ni la nuit. Les choses se bousculent dans sa tête, les évènements s’accélèrent. Trop pour lui qui aime vivre l’enivrante lenteur du passage de la noirceur aux aurores dans un décor sombre où les détails se font rares, un de ces tableaux qu’il adore et qui ne s’offre qu’à lui. Des moments voluptueux lui permettant de s’évader et qui, inévitablement, lui assurent une escapade romantique assurée.

Il pense à cette charmante femme dont il ne connait pas le nom et qui passe chaque jour par la même rue pour prendre le métro en plein centre de Tunis, dans l’avenue de Paris. Il est là, au rendez-vous, chaque jour, au même moment, au même endroit. Pour rien au monde, il n’aurait laissé échapper ce moment de plaisir qui s’offre à ses yeux. Même les dimanches il y est, on ne sait jamais…  Cette femme, il ne l’a jamais abordée, il se contente de la regarder, de loin en se cachant pour admirer sa beauté et son charme… comme d’habitude. Il n’ose pas s’approcher d’elle, révéler son admiration secrète. Il connait l’odeur de son parfum, ses petites habitudes de se regarder dans les vitrines, de replacer une mèche de cheveux sous son béret ou encore de suivre du regard les couples qui passent. Peut-être sait-elle qu’il est là, lui qui appartient à ce décor, un détail qui ne l’intéresse peut-être pas. Il ne s’en plaint pas et ses regards furtifs lui permettent de rêvasser de jour comme de nuit.

Mahmoud est aujourd’hui bousculé par les évènements, son quotidien est perturbé par ce désordre, cette anarchie, ce spectacle rare de désolation totale. Les gens couraient partout, la police tabassait, tirait, tuait. L’étau se resserre autour du tyran, le pays est en ébullition, son royaume est en effervescence. Ses rues sont envahies par une foule à laquelle il a toujours refusé de se mêler, le gaz lacrymogène les emplissait et chassait même les chats gris de la nuit.

Mahmoud ne sait pas grand-chose de la politique, mais ce qu’il entend autour de lui ne le rassure pas. Il se méfie de l’avenir, cette chose qui ne lui a jamais rien donné; pas plus que personne, pas plus que l’État d’ailleurs. Mais, ce jour-là, il a décidé de sauver son royaume du règne de la tyrannie et de la peur. Il a décidé d’extérioriser sa révolte. Pour la première fois de sa vie, il se mêle à la foule, il monte aux barricades avec un courage chevaleresque, il guide cette foule énorme, sous ses ordres à lui, imperturbable comme Napoléon, arme à la main, sa baguette de pain, il affronte un dispositif sécuritaire de tout un État répressif… Il avance, il tire, il gagne, il triomphe; ensuite, il se retourne… il cherche sa douce, peut-être est-elle là dans la foule, peut-être a-t-elle vu son triomphe, sa bravoure!

Fraj Brik

Ceci est un texte fictif. Je salue l’homme que j’ai baptisé Mahmoud. Je salue son courage et sa bravoure. Je ne sais rien du tout sur cet homme; cette photo, l’une des seules qui m’ont marqué, me dit qu’il en vaut l’hommage. Merci d’avoir été là!

Merci au photographe dont j’ignore le nom!  

Selon @Wassim sur le site de Nawaat, le photographe est Fred DUFOUR de l’AFP, Merci!

Ettounsi! Ce soir, j’ai fait un tour du côté de TUNeZINE!


Salut l’ami, un petit coucou pour te dire qu’ici rien n’a changé depuis ton départ. L’autre est encore au pouvoir, les Tunisiens quant à eux هات شاشيتك هات صباطك et direction la mosquée  الطحانة زادو كثرو و باقي روسهم حاشاك في الخرى ,المنيكين قعدو منيكين و انت ماشي . المعارضة، برى بركة وخلي الي في القلب في القلب و انا خوك هاني كالعادة مكرز، حتى مالكتيبة يجيب ربي هاك تشوف . Il n’y a rien qui plane à part le dégoût de ce qui se passe au bled En tout cas, tu n’as rien manqué qui vaille la peine. Je pense que nous aussi, on attend!  Sinon, pour changer de sujet et ne pas t’emmerder avec des histoires à dormir debout, j’ai fait un petit tour du côté de TUNeZINE ce soir, je n’ai jamais arrêté de le faire d’ailleurs, j’ai revécu beaucoup d’émotions. Ça m’a fait rire, ça m’a serré le coeur aussi … mais bon!   Allez Ezzou @+ , car les Brik ne t’oublieront jamais !    Mkarriz 

Le plus long court moment


Relu et approuvé par moi-même 😮 [écrit le 22 mai 2006 sur mon ancien blog]

Le temps se figea, la vie s’arrêta, le monde se perdit, le rythme des secondes et des minutes se ralentit. Langoureux ses  battements de coeur rappelaient à peine la vie, la naissance d’un univers coïncé entre l’existance et l’anéantissement,et emplit la vasteté de l’espace profond. Un temps paisible, une brise marine lui donnant la chair de poule, la nuit éloilée qui perturbait le silence absolu, la tête vide, le bruit des vagues qui se déferlaient timidemement perçaient ce silence mortel.

Presqu’immobile, il ressentit son coeur soulever sa poitrine et le sang couler dans ses veines, il ne contrôlait plus ses gestes, il ne contrôlait plus ses paroles: son destin lui était entre les mains, mais, hélas, il ne contrôlait plus rien. Il se sentit vidé de toute puissance et il se vit guider par une force imperturbable. Déraisonné, il avança d’un pas hésitant, les lèvres tremblaient, le regard fixe et les yeux brillaient.  Renaître ? Mourrir ? Ceci est certes un moment de souffrance, de torture ainsi que de soulagement. Une seconde, une seule seconde de jouissance où il s’évada pour mourrir.

Il ferma les yeux, il pencha la tête un peu vers l’avant, et d’un geste fin, il s’approcha doucement et toucha des lèvres, les lèvres de celle qui ne l’eût jamais soupçonné.

MKarriz

Bonne et joyeuse fête des mères, Maman !


En Tunisie comme dans certains autres pays, aujourd'hui, c'est la fête des mères, je le souhaite à ma maman ainsi qu'à toutes les autres. Une pensée particulière aux mères démunies.

Bonne fête et merci pour tout ce que vous fêtes pour nous !

Mon coup de coeur de mon minuit à moi !


Envie d’écrire, soif de crier, besoin de râler, caprice de pleurer
Je n’ai pas la force, j’ai la haine et les mots sortiront sans peine
Je ne savoure rien, et rien ne me plaît, ni ne ferme mes plaies
Envie de parler avide de faire, je n’ai plus le goût de me taire
Ils me tenaillent, me torturent, me martyrisent, me refoulent

Je ne puis rien, je t’aime

Que faire alors pour te plaire ? Je t’ai fait la cour, je t’ai séduite.
En contre partie tu m’as repoussé, tu m’as offert la fuite
Ma liberté réduite, je crains le pire pour la suite

Aujourd’hui je suis chagriné, affligé et triste
Même le printemps a effacé les traces de la piste
De mes rêves enchantés, hélas par l’hostilité, piétinés.

J’aime ton nom, j’aime ton teint et ton parfum,
Au nom de l’amour, dans mon jardin, j’ai planté du jasmin,
De ta passion j’en bois une once, c’est le xyste de mon existence

Parle-moi, réponds-moi, ne te cache pas laisse-moi te voir
Ne m’ignore pas, ne me laisse pas choir
Quel sens à ma vie veux-tu donner ?
J’ai choisi hélas et incapable, j’ai abandonné.

Mais maintenant mon rêve revit, je suis ravis
Ta brise marine me remue, me remets, me ramène,
Me rappelle nos longues heures dans cette arène.

Je jure, sur les plaines de Carthage
Que je reprends mon épée, que je te protège.

Mkarriz,
TUNeZINE, 24-04-2004

Personnel et éternel


Je croyais avoir perdu ma sensibilité d’être humain face à la mort. Je pensais que jamais une larme ne coulerait de mes yeux ! Jamais ! Pour l’être, il faut avoir le cœur de roc, le sang glacé et les sens impitoyablement figés. Le temps passa sans que je ne m’en aperçoive, me voilà habité par cette hantise et habitué à une espèce de stoïcisme qui troubla, d’une façon ou d’une autre, mon for intérieur. Je pensai alors qu’un choc me déstabilisa et métamorphosa même mon regard, devenu impassible en face de n’importe quel malheur ! Quel choc ? Jamais de ma vie, je n’eus de choc qui puisse tant me perturber.

Mon père mourut, j’avais à peine 5 ans. Trop jeune, je ne compris rien à ce qui se passait ce jour-là. Je m’accroche encore aux quelques images, parfois trop vagues ou trop discontinues dans ma mémoire de mon défunt père, quelques images usées par le temps et que j’ai peur de les voir disparaître. J’eus même une rage intérieure contre ma grand-mère, que Dieu la préserve en ces temps difficiles, elle me disait à chaque fois que je lui demandais où était papa, qu’il était en voyage. Je ne comprenais rien, mais ayant été trop jeune pour y penser, le jeu et l’insouciance furent mon refuge. Le temps passa. Ce ne fut donc pas un choc puisque j‘en pris conscience progressivement ! Je ne savais pas du tout ce qui se passait. Je me souviens, je me cachais derrière une colonne dans la cours de la maison, je pense encore que la présence de tant de gens me dérangeait et que l’atmosphère de tristesse qui régnait m’étouffait. Je ne me rappelle que de ma mère, les larmes aux yeux et le cœur meurtri, elle qui a perdu son mari trop jeune pour mourir trop jeune, puisque, tout comme Zouhair Yahyaoui, il n‘avait même pas atteint la quarantaine ! De temps en temps, je blâme mon pays qui m’a pris mon père, mais, je garde cette fierté dont je parle, aujourd’hui pour la première fois, une fierté de savoir qu’il fut mort en servant son pays, les siens. Ces anciens collègues et nos proches le lui reconnaissent jusqu’à maintenant. Il partit, c’était dans des circonstances de travail, ce fut son choix, son collègue, lui, fut épargné grâce à mon père. Ce fut son heure, dit-on !

Combien de funérailles je vis passer devant moi ! Jamais je ne pus déverser une seule goutte, une seule larme ni même l’envie de le faire avec toute la tristesse du monde qui m’envahissait dans certaines occasions funèbres, rien ne sortait, je m’en voulais, je me détestais et je me demandais ce qu’il m’arrivait. Je me résignai alors à l’idée que ne l’avoir jamais fait pour mon père, je ne le ferais jamais pour personne d’autre : une explication de désespoir !

Le 13 mars, coïncide presque jour pour jour avec le décès de mon père, en cette même date de 2005, un autre être cher nous quitta, ce fut Zouhair Yahyaoui التونسي متاع التونيزين. Je ne le rencontrai jamais en personne, mais je connais sa voix qui résonne encore dans mes oreilles et je discutai avec lui à maintes reprises. TUNeZINE fut notre refuge où les escapades nocturnes et diurnes se succédèrent. Nous nous réunîmes pour le meilleur et pour le pire, brandissant le drapeau de notre chère patrie, notre Tunisie et en chantant la liberté, notre espérance. Pour moi, une autre personne dont les souvenirs resteront gravés à jamais dans ma mémoire, côte à côte avec ceux de mon père. La mort me nargua pour une deuxième fois, une autre personne qui comptait énormément pour moi partit à la fleur de l’âge, trop jeune, au service de son pays. Qui blâmer alors ? Dieu ? la vie injuste ? la mort ? le destin ? Je n’en sais rien ! Peut-être personne, c’est ainsi que va la vie !

Ce jour-là, je pleurai sans arrêt, les larmes retentirent sans que je ne puisse les arrêter ni y comprendre quelque chose, je déversai les larmes qui résistèrent et refusèrent de sortir des années durant pour la perte de proches, des larmes de crocodile. Zouhair nous quitta, mais son âme est encore en nous, en moi. Aujourd’hui encore, je rends hommage à l’homme libre qu’il est, mon ami, l’homme qui jeta en moi une étincelle de la flamme de liberté qu’il portait et qui ne s’éteindra plus jamais. Quoi qu’il en soit, quoi qu’il arrive, je veux aussi remercier tous les Tuneziniens, tous ceux et celles qui ont fait les beaux jours de TUNeZINE, je vous dis que je vous aime et que je ne vous oublierai jamais.

Mkarriz naquit sur TUNeZINE et c’est sur TUNeZINE, la mort dans l’âme, qu’il a choisi de s’éteindre.

J’allume une bougie !

Merci Ettounsi ! À dieu TUNeZINE !

Fraj Brik alias Mkarriz
TUNeZINE, 13-03-2006

Dédicace à mon ami Ettounsi de TUNeZINE


Zou ! Maintenant, je ne vais plus me taire !

Asphodèle

Je t’ai supplié de répondre Zou, je t’ai supplié !
J’ai supplié la lune, j’ai supplié la nuit étoilée,
J’ai prié Dieu et les Saints, j’ai prié le ciel voilé.
J’ai imploré la Terre, j’ai conjuré le monde entier,
J’ai demandé aux océans à la mer pure et agitée.

Tu m’as ignoré, mais tu m’as fait un clin d’œil,
Ils m’ont ignoré, puisque rien ne sera pareil.
Nés, sur TUNeZINE, notre terre et notre foi,
Je t’en veux, nous sommes orphelins, à cause de toi,
Je t’aime, nous sommes dignes et forts grâce à toi.

Enfant terrible du net tunisien censuré et libre,
Tu m’as versé une goutte de liberté, je suis ivre.
D’être ton ami, mon bonheur est sans mesure,
Contaminé par to courage, je suis à mon état pur.
Je les ai à l’œil nos ennemis, je te promets, je le jure.

Egoïste et moqueur le ciel grand, t’a enlevé.
Egoïste et possessive la Tunisie, t’a emporté.
T’as consacré ta vie et ton amour pour elle,
Elle t’a fait et défait, mais reste toujours belle.
Tu es libre ! Vole et plane comme une hirondelle !

Témoigne et garde notre printemps de Jasmin !

TUNeZINE, Nawaat, le 15 mars 2005